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 Le flotdes âmes 1 : le joueur de sitar

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AuteurMessage
Sniz



Nombre de messages : 4
Date d'inscription : 06/03/2005

MessageSujet: Le flotdes âmes 1 : le joueur de sitar   Lun 7 Mar - 20:29



Mon fils ? C’est bien toi ? Mes pauvres yeux ne me permettent plus que de percevoir de vagues lueurs. Entre et approche-toi de moi, n’aie crainte de la puanteur morbide de mes chairs flétries, car elle ne peux t’empoisonner. Je veux que tu saches pourquoi je me meurs aujourd’hui, bien avant l’âge, pourquoi en quelques heures seulement mon corps a vieilli de plus de cinquante ans.

Il est des lumières trop puissantes pour nos êtres déficients, des éclats dont l’éblouissement nous est fatal. Et pour mon malheur je les ai tous embrassés d’un seul coup d’œil. D’oreille, devrais-je plutôt dire. J’aurais pu choisir de survivre, moyennant quelques mois de régénérescence, mais cela impliquait d’oublier tout ce que j’ai vu. Je préfère mourir aujourd’hui, pleinement conscient, que de retourner médiocrement à mon existence chétive. Mais rapproche-toi encore un peu. Là. Voilà. Je veux te sentir près de moi, je veux que tu écoutes avec toute ton attention ce que j’ai à te dire. Le misérable langage que nous utilisons pour communiquer n’est pas assez puissant pour te transmettre distinctement ce que j’ai ressenti, tu ne risques donc pas d’être frappé comme je l’ai été, mais tu pourras tout de même tirer de mes dires le bénéfice de ce que j’ai découvert, et tu seras à même de te construire par toi-même une destinée meilleure. Ainsi, ma mort n’aura pas été inutile.

La chose s’est produite hier soir, juste avant que je ne tombe malade. Je ne sais même plus si tout cela s’est réellement produit ou si je l’ai seulement rêvé. Mais cette question n’a au fond aucune importance, puisque je suis en train de mourir. Je suis donc sorti à la nuit tombante pour aller relever les pièges que j’avais disposé dans la forêt, celle qui s’étend sur la colline du Levant. J’ai toujours aimé le calme nocturne de la jungle. Je m’avançais prudemment dans l’obscurité à peine rehaussée par l’éclat de la lune, me laissant guider par mon odorat, humant les mille senteurs qui planent sous les frondaisons endormies, celles des plantes et celles des bêtes à l’affût. La brise amena soudain jusqu’à mes oreilles quelques fragments d’un murmure singulier. Intrigué, j’abandonnai ma tâche pour me diriger dans la direction d’où provenait ce mystérieux bourdonnement. Au fur et à mesure que je me rapprochais de la source sonore, je l’entendais plus distinctement et je ne tardai pas à reconnaître dans ces bruissements des formes mélodiques. J’eus peu à peu le sentiment que cette musique m’appelait, et je me sentais incapable de résister à son attraction. J’étais bientôt comme hypnotisé par les nappes sonores qui pénétraient en moi, dissolvant sur leur passage toute forme de volonté. J’arrivai enfin sur la crête de la colline, aux abords d’une clairière qui s’ouvre sur la falaise.

L’homme était assis là, tout à côté du vide, tourné vers la plaine. La lune me permettait de le distinguer nettement, mais je ne vis toutefois pas son visage, il me faisait dos. Son maintien était fier et droit, comme celui de notre prince Asoka. Il portait des guenilles qui ressemblaient à celles des sages vagabonds que nous voyons parfois errer dans les monts du Levant, et tenait un instrument de musique tel que je n’en avais jamais vu. J’aurais plus tard la certitude qu’il l’avait lui-même confectionné. Sa main gauche montait et descendait sur une excroissance oblongue qui pointait à l’oblique en direction des étoiles, son bras droit était posé sur une grosse calebasse. Pour rien au monde je n’aurais voulu qu’il s’arrête de jouer, et je me posai au sol le plus discrètement possible, à l’orée de la clairière, protégé -du moins je le croyais- par l’ombre des arbres. Je sais maintenant qu’il avait senti ma présence ; peut-être même savait-il que je viendrais. En tout cas, il ne modifia rien de son comportement et continua à jouer comme si de rien n’était. Ah, peux-tu me chercher un peu d’eau ? Mon gosier s’assèche et j’ai du mal à parler. Mais fais vite ! Je sens que mes instants sont comptés et je ne veux pas partir avant de t’avoir tout révélé.

Merci, mon fils. Viens, assieds-toi ici, que je sente ta chaleur. Je suis en train de consumer les dernières réserves d'énergies que contient mon corps, mais je vis bien plus intensément que je n'aurais jamais pu de moi-même... J’étais donc assis là à écouter ces mélodies fascinantes, et je perdais de plus en plus sûrement le contrôle de mes réactions. Ma colonne vertébrale se redressa dans un mouvement instinctif, indépendant de toute volonté qui aurait pu surgir en moi, et mon premier chakra, celui du sexe, s'ouvrit comme une fleur ouvre sa corolle sous l'action du soleil : une érection plus puissante que je n’en avais jamais eue m’éleva, mon sexe avait presque doublé sa taille habituelle. Pourtant, à ce stade, l’homme -en était-il vraiment un ?- ne jouait encore qu’une sorte d’invitation, un préalable. Il y avait une note de base, comme un bourdon résonnant sans interruption, à partir de laquelle il sautait vers des degrés plus élevés, dont la trajectoire harmonique, qu’il modulait à souhait en faisant varier la hauteur du son sur de petits intervalles, engendrait une énergie sonore, modelée et amplifiée par la forme spécifique de la calebasse, qui parvenait jusqu’à moi sans rien perdre de sa puissance et s’adressait directement à mon être profond, dans une forme de langage extrêmement précis et complet que seuls les organes peuvent saisir. La musique devenait un flot galvanisant et tranquillement méandreux qui pénétrait mon corps toujours plus intimement, comme si son énergie réveillait celle qui s’était endormie en moi depuis ma plus tendre enfance. C’est lorsque mon organisme tout entier fut sous son emprise que l’homme entama sa méditation, celle que je percevrais dans toute sa signification, qui m’ouvrirait les portes de la perception, actionnerait toute l'énergie que je contenais et du même coup sonnerait le glas de mon existence.

Je fermai les yeux -je n’avais plus besoin de voir, les sensations de mon corps suffisaient largement à emplir ma conscience. Il démarra ce nouveau mouvement sur un accord issu d’une ineffable harmonie qui réorganisa instantanément ma physiologie toute entière. Je sentis partout en moi une multitude d’anneaux énergétiques, qui jusque là avaient toujours été dans une configuration désorganisée, se réorienter tous dans la même direction, conciliant soudainement tous les processus de mon corps. Des ondes se répandaient depuis mon sexe vers toutes les régions de mon corps telles les tentacules d'un pieuvre bienfaitrice, déversant sur leur chemin un flot continu de plaisir, comme si j'étais sous l'emprise d'un orgasme permanent. J’étais devenu une divinité qui régnait sur un monde parfaitement organisé, je visualisais mon intérieur plus nettement que je n’avais jamais pu voir l'extérieur et je me sentais capable d’y agir exactement comme que je l’aurais voulu -si j’avais encore possédé une quelconque forme de volonté. Mais au bout de quelques instants, cette conception de moi en tant que dieu commença à se dissoudre, laissant apparaître, avec une évidence indomptable, un magma de mécanismes indépendants : je sentais que je m’affranchissais d’une illusion millénaire, je cessais d’ETRE MOI et je commençais à ETRE.

Bien que pour te parler je ne puis échapper -du moins formellement- à cette duperie du moi dans laquelle nous entretient le langage, qui m’oblige à employer un « je » pour décrire les phénomènes dont j’étais le théâtre, ce mot n’avait alors plus aucune signification pour moi et j'étais même devenu incapable de me concevoir moi-même comme élément de l'univers. J'étais l'univers tout entier et je ne pouvais plus me saisir par la pensée. J’étais dans un état de fonctionnement que notre langage limité ne permet pas de décrire. Je naviguais en moi au gré des mélodies, m’arrêtais dans mes chakras, le long de ma colonne vertébrale, j’empruntais les méridiens qui me menaient vers mes organes, où je séjournais pour quelques instants, pour ensuite continuer mon chemin jusqu'à l'autre extrêmité du méridien, dans une main ou un pied. Mais ne crois pas que je me situais à un seul endroit à la fois : au fur et à mesure que les formes musicales devenaient plus intenses et plus complexes, que les notes de plus en plus saccadées formaient des spirales qui s'enchevêtraient les unes dans les autres, mes localisations se multipliaient, s’affinaient et je parcourais bientôt dans un même mouvement tous les méridiens de mon organisme, comme si je me promenais dans un jardin intime que j’aurais moi-même confectionné, contemplant chacune des pousses que j’y avais plantkof... rrrkof.. krof. Vois rrkcomme je tousse. Je crois que je rrrkkcrache du sang. Il faut que je me hâte, la fin est pour bientôt.

Petit à petit, la dernière phase de la méditation se mettait en place et je commençais à ressentir ce qui constitue la substance primaire de l’humain. Je compris que ces mouvements que je suivais au rythme de la musique étaient ceux de particules vivantes, d’entités infimes auxquelles est réduite notre essence. Je ne sais vraiment pourquoi, cette appellation s’imposerait plus tard à mon esprit : Satyas. Je saisis alors tout d’un coup le sens de la transmigration, je me voyais baigné dans le fleuve des âmes et je sus avec certitude que ce sont ces Satyas qui circulent dans les méridiens de nos corps, je sus qu'ils sont le support de notre énergie interne et qu'ils réalisent également les liens entre les individus et leur descendance. Nous portons en nous l’essence de milliers d’hommes qui nous ont précédés et j’étais devenu capable de percevoir avec précision l’influence que leurs expériences exercent sur ma nature. Je compris que l’être humain n’est rien, que les Satyas sont tout. Nous vivons comme si nous existions par nous-mêmes alors que nous ne sommes qu’une structure ignorante de ce qu’elle est, tels des cités de pierre dénuées de conscience hébergeant des milliers d’individus. En réalité, notre seule raison d’être est d’abriter et de réaliser la volonté de ces entités qui évoluent en nous. J’étais ainsi devenu une personnalité d’espèce supérieure, d... directement connectée avec les entités qui la font être, j’étais maintenant aussi puissant que ce joueur de sitar, et de nouvelles facultés de perception germaient, croissaient, puis florissaient en moi à une allure inimaginable. J’ouvrai alors les yeux et le monde m’apparut avec une intensité t... transcendée. Les herbes et les arbres, que je voyais onduler sur la musique dans un mouvement irréel, avaient développé tellement d'organes nouveaux que les lieux étaient devenus méconnaissables. Je pouvais m... maintenant percevoir les flux de Satyas émaner de la calebasse, envelopper l’homme, rayonner dans toutes les directions. J’attirais à moi la majeure partie de ces radiations énergétiques et je d... distinguais nettement les vagues qu’elles formaient dans leur mouvement, légèrement distordues par la faible brise qui s... soufflait dans la clairière. Je contemplais ensuite p... pendant un long moment les mouvements des Satyas résidant dans chaque être v... vivant qui peuplait la clairière. Et c’est a... alors que s’imposa en moi l’illumination c... complète : je découvris ce q... que sont les S... Satyas. Aaah approche t... ton oreille. J… Je ne puis p… presque plus p… par…ler

N… Nous ne som…mes que d…des pions dans une gigan…tesque partie d… d’échecs cosmique q… qui oppose di…fférents g… groupes de Satyas. Ce…ce sont d… des entités dou… ées d’une c… con… science co… llective que j’ai r… ré… ussi à p… pé… né… trer. Il f… faut q… que je te d… dise j… je... i... il faut... aaaah......
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